108 Log 230824
Entretiens avec Beatriz Ferreyra
30.10.2022 maison de la radio (Festivals Acousma)
29.11.2022 par téléphone
Beatriz Ferreyra (*1937, Cordoba, Argentine) compositrice de musique électroacoustique. Elle est l’auteure d’une vaste oeuvre comprenant des compositions de musique électroacoustique, de la musique de film et des contributions théoriques à la musique concrète.
Beatriz Ferreyra (Wikipedia)
Beatriz Ferreyra (ZKM)
Beatriz Ferreyra (Graz)
Entretiens avec Beatriz Ferreyra (pdf)
Résumé
L’entretien avec la compositrice Beatriz Ferreyra offre une perspective relevant à la fois de la théorie des médias et de la perception sur la musique concrète depuis les années 1960. Ferreyra décrit son travail au sein du Groupe de Recherche Musicale (GRM) non pas principalement comme une activité compositionnelle au sens traditionnel, mais comme une pratique médiatique. Dans le prolongement du concept d’objet sonore de Pierre Schaeffer, la voix — tout comme les sons du quotidien, les bruits d’animaux ou de machines — est traitée comme un objet sonore à part entière, dont la signification ne découle pas de son origine, mais de sa morphologie, de son mouvement et de son effet spatial. Le travail avec les objets sonores est toutefois compris chez Ferreyra explicitement comme une pratique appareillée : le son n’existe que dans la mesure où il peut être enregistré, découpé, répété et distribué dans l’espace. La perception ne suit donc pas une signification intentionnelle, mais la logique propre du médium.
Ferreyra souligne par ailleurs la nécessité d’une pratique de l’écoute entraînée et non visuelle, capable de saisir le son au-delà des attributions sémantiques ou instrumentales, dans le sens de l’écoute acousmatique définie par Michel Chion. Il est question d’une situation d’écoute dans laquelle la séparation entre le son et sa source est techniquement imposée : il en résulte des « sons sans corps », la visibilité étant systématiquement neutralisée ; l’oreille opère ainsi au sein d’une réalité produite par les médias. La dissociation du son et de sa cause est comprise comme une condition productive d’une perception intensifiée et imaginative. Pour Ferreyra, la composition ne procède pas d’une planification abstraite, mais d’une perception immédiate et concrète, ainsi que d’une interaction manuelle directe avec la bande magnétique.
Auszüge
Beatriz Ferreyra: Klänge als Klangmorphologien verstehen
«Ce qui m’intéressait, c’était de rassembler le violon, le son du piano, le cri d’un oiseau, le chien, la voiture, etc., en tant que langage, en tant que morphologie, et d’explorer comment ils fonctionnaient dans l’espace. Que ce soit un chien, un piano, une batterie ou une lettre, il peut y avoir quelque chose en commun, quelque chose qui les relie. Ce n’est pas l’instrument de musique, l’oiseau ou la voiture en soi qui est important, mais plutôt les sons et la manière dont ces trois éléments peuvent être combinés et interagir ensemble, peu importe que ce soit une voiture, un son ou une voix.»
Musik ist nicht länger ein Feld «à part», sie beansprucht nicht mehr länger einen Sonderstatus in der auditiven Welt:
«…la musique ne se trouve pas dans les visualisations de leur ordinateur, mais dans ce qu’on entend. Il est nécessaire de fermer les yeux, d’écouter et de composer en ayant les yeux fermés.»
Sie komponiert mit geschlossenen Augen, ohne Plan, ein Klang ergibt den anderen
» Jeder Klang für sich ist nicht sehr interessant – aber wenn man die alle in gewisser Weise kombiniert, ist das ein Wunder! Wenn Sie also jeden einzelnen Klang betrachten, dann sind, das sehr einfache Klänge, nicht sonderlich interessant. Es ist die Kombinatorik, die es macht! » Zitat aus der Sendung des WDR: Femmes au GRM, Logbuch 99
Dorothea Schürch (DS) : Nous parlons des années 1960 et 1970
Beatriz Ferreyra (BF) : Je travaillé au GRM (1) évidement avec la bande magnétique des années soixante. J’ai commencé quand ils étaient encore à la rue d’université, dans les années soixante-deux, soixante-trois. Je suis entrée avec Edcardo Canton (2) , qui était un de ces compositeurs GRM qui était à cet époque-là en Europa. Il m’a dit, qu’il donnait une pièce dans un concert à Paris. C’est dans ce concert c’est là que j’ai entendu la musique électro-acoustique pour la première fois. C’étaient des concerts collectifs de Pierre Schaeffer.
DS : Qu’est-ce que cela veut dire des concerts collectifs ?
BF : Les compositeurs de GRM avaient fait chacun une pièce : il y avait Schaeffer, Pierre Henry – je crois Pierre Henry était encore là, je me souviens plus – Pierre Henry, Edcardo Canton, Ivo Malec (3) , Bernhard Parmegiani (4) , François Bayle (5) , Luc Ferrari (6) . Ils ont fait chacun une pièce. Et quand j’ai entendu ça, j’ai demandé à Edcardo Canton si je pouvais entrer d’entrer au GRM, parce que je senti que cette musique allait très loin.
DS : Qu’est-ce qui vous a amenée à Paris ?
BF : Je me suis échappée. Quand j’ai eu vingt-deux ans et que j’étais majeure, j’ai demandé à mon père de me laisser aller à Paris. Il allait tout le temps à Paris. Il a accepté pour un mois – et je suis restée 70 ans. Mon père ne m’a pas aidée au début, mais j’étais très contente dans mon trou à rat, car la famille Ferreyra est très puissante et ils ont un château à Cordoba(7) . Et puis en 1963, nous étions quatre à suivre le stage de trois mois avec Pierre Schaeffer : Akira Tomba (8) , Tona Scherchen (9) , Angel Bauer (10) et moi. Ensuite Pierre m’a prise pour le solfège.
[7] Palacio_Ferreyra
[8] Interférence : de devenir à la création: Entretien avec Akira Tamba
[…]
weiterführendes Material:
Entretien avec Interview mit Simone Rist, 8.12.2022, Paris
Entretien François Bayle, 30.5.2023, Paris